Rien ne sert de pleurer sur la barbarie ou de la croire rédemptrice  ; il faut changer le monde (Signe 28/7).

Affiche du film de Mel Gibson

Affiche du film de Mel Gibson

Je n’avais jamais vu « La Passion du Christ » de Mel Gilson. Je n’escomptais pas qu’un film de plus change le sens de l’atroce mort de Jésus  : tout homme avéré capable de décider l’humanité à revoir ses sujétions risquera la mort physique ou sociale aussi longtemps que le prophétisme n’aura pas résolu son vrai problème, qui est moins de proclamer que de traverser l’épaisseur de l’inertie humaine. Le film n’a rien changé, en effet, au sens qu’a pour moi la Passion, mais a quand même ouvert dans mon cerveau une nouvelle fenêtre sur elle. Voilà quelques jours, passant devant la télévision, j’aperçus une image du film  : Jésus interrogé par le grand prêtre. Frappé par la vraisemblance de la scène, je m’assis et je restai là. Jusqu’au bout — il arrive que des images qui n’enseignent rien de neuf relancent la conscience.
J’oubliai les démesures du film  : Mel Gibson aurait dû prendre conseil de tortionnaires professionnels pour avoir une idée précise des limites de la résistance humaines (Jésus avant de mourir sur la croix serait déjà mort deux fois sous les coups des deux brutes fouetteuses du film, qui finissent presque aussi épuisées que le flagellé, je faillis rire). D’autres images étaient beaucoup plus intéressantes. Notamment Pilate en parfaite incarnation d’une conscience qui discerne le vrai du faux, mais trop lâche pour imposer le vrai. Pour moi Pilate est le personnage central du film  : l’inertie humaine. Je méditai une fois de plus cette explosion qui, depuis les millénaires, se produit parfois quand la Vérité spirituelle, toujours dynamique (ici, Jésus), percute la vérité grossière du monde, toujours inerte mais énorme (ici la rue vociférante, les forces de l’ordre, les grands intérêts).
J’avais lu que « La Passion du Christ » n’était qu’un « film d’horreur, une œuvre plus sensationnelle que morale ou même esthétique. » Je ressentis les choses autrement. Sauf quelques démesures (p.e. la flagellation déjà citée), dont l’intention n’est peut-être pas tant d’horrifier le spectateur que de souligner le contraste entre la sagesse innocente et la cruauté stupide, je ne trouve rien d’invraisemblable dans la brutalité et le mépris qui, dans le film, s’acharnent sur Jésus. Le vertige de la cruauté et de la moquerie n »est-il pas toujours dominant ici et là dans ce monde malade du mal  ?
La religion n’est pas le remède du mal, c’est évident. Le remède fut donné par le Sermon sur la Montagne (Matthieu ch.5 à 7). Il a été rappelé dans Le Signe  : l’homme doit et peut changer sa vie en bien. Ce remède-là n’a pas encore été appliqué, parce qu’aucune loi humaine ne peut opérer ce changement-là. La volonté seule le peut. Si Pilate, qui en avait le pouvoir, avait voulu épargner à Jésus une torture aussi atroce qu’inutile, on imagine facilement que, Jésus libéré et poursuivant sa mission, beaucoup de choses auraient déjà pu changer dans la société. C’est cela, à mes yeux, la leçon du film de Gibson  : des hommes, les prêtres, les Romains, ne sachant pas quoi faire de ce prophète auxquels ils n’ont rien à reprocher sinon d’être bon et d’appeler l’humanité au royaume de la Bonté, se débarrassent du problème par la mort, parce qu’ils n’ont pas compris que la solution était simple : devenir bons eux-même. La cruauté ici n’est que le vertige de la barbarie, qui durera partout tant que l’humanité voudra rester barbare.

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© Michel Potay 2006 — Tous droits réservés