Comme sur beaucoup d’autres sujets, je ne médite ici sur rien de capital. Savoir ce qu’est où ce que n’est pas la Colère de Dieu (Signe 24/4, 30/6) ne joue aucun rôle dans l’économie de mon salut. Ma pénitence seule me sauvera. Mais me rappeler que je ne fais pas pénitence par peur de la Colère du Père, mais pour restaurer le règne de l’amour, n’est pas inutile.
Toute religion est une prison avec ses règlements irrécusables et ses geôliers théologiques. Le théologien est cérébral, par là trop loin de la sagesse et trop prêt à croire qu’énoncer et réglementer sauve. Il prie le Souffle de l’inspirer, par là il ignore les belles fleurs pollinisantes du silence et de la simplicité. Trop proche de l’homme, non seulement il donne à Dieu tous les défauts de l’humain, mais il les hypertrophie, considère Dieu comme vétilleux, jaloux et colérique autant que juste et clément sans voir que cette contradiction toute humaine déguise le Père en succédané du polythéisme antique qui faisait de l’Olympe la foire d’empoigne de la Terre et attribuait déjà tous les maux, malheurs, problèmes de l’homme aux colères des dieux.
Le terme Colère de Dieu a forcément pour nous un sens autre que théologique.
La Colère de Dieu a tout à voir avec l’Amour.

____________________________________

Colère de Dieu vue par Le Dominiquin (vers 1623, Italie) L'artiste voit la Colère de Dieu comme celle du patron, entouré de son bureau d'angelots adulateurs, qu'irrite ses subalternes indociles (ici Adam et Ève s'expliquant maladroitement) et qui les renvoie (Genèse 3/23). (Musée des Beaux-Arts de Grenoble, wikimedia)

Colère de Dieu vue par Le Dominiquin (vers 1623, Italie) L’artiste voit la Colère de Dieu comme celle du patron, entouré de son bureau d’angelots adulateurs, qu’irrite ses subalternes indociles (ici Adam et Ève s’expliquant maladroitement) et qui les renvoie (Genèse 3/23).
Source  : Musée des Beaux-Arts de Grenoble (Wikimedia)

Immensurable est l’importance du Signe qui réduit l’Écriture (Bible, Coran, Vedas, etc.) à ce que les livres d’hommes (Signe 16/12, 35/12) qui l’encombrent et qui y voilent l’Incomparable, l’Inscrutable, ont fait d’elle  : la légende d’un Dieu comme surhomme éternel avec toutes les qualités et les défauts de l’homme. Ainsi le terme Colère de Dieu, parmi d’autres, a-t-il reçu dans l’Écriture le sens humain de déchaî­nement soudain, d’extinction de l’Amour, de la Clémence, de la Paix, de l’Intelligence spirituelle, du respect de la liberté. Le Signe, elle, porte à lire l’Écriture autrement.
La colère, qu’elle soit extinction de la raison humaine ou tempête planétaire, n’a rien à voir avec la Colère de Dieu. Dieu est l’immuable phare, qui jamais ne s’éteint, sur le remue-ménage des mondes libres, qu’ils soient matière ou vie. L’irritabilité jamais ne trouble ni ne rompt l’Amour et l’Équilibre de la Vie (autre Nom de Dieu, 24/5) qui s’étale (ii/4) de l’infini à nous , mais l’Amour, qui comme tout amour prend des risques, a créé libre (10/10) l’homme, Son Enfant (13/8) et libre la nature comme on le voit dans les volcans ou dans l’agitation stellaire.
Restons-en à l’homme  ! À cause de sa complexité — chair, esprit et âme (Signe 17/7) — qui a multiplié ses outils, l’homme s’est librement livré à tous les désirs et tous les travers, notamment à la colère qu’agite son  nerf (xviii/7, xxv/8, xxxiv/9) animal qui n’est pas le Nerf de Dieu (xxxix/3). Adame et Haoua (Adam et Ève) furent faits des mêmes fibres spirituelles que la Vie et reliés à Elle par le même Souffle (2/14-19, 4/10, 10/12, etc.), mais dans des corps animaux. La Colère du Père et la colère de l’Enfant n’ont de commun que le mot  ; ce sont deux choses très différentes.
Ceux des Stoïciens de jadis qui n’avaient pas suivi les déviances du christianisme d’Occident, voyaient en Dieu un Être de Raison Pure, non irascible, éternel­lement paisible, mais sensible. Je les rejoins, parce que Le Signe m’a appris que la Colère de Dieu n’est pas irritabilité, mais plaintes qu’arrachent à Dieu ou à la Vie les plaies ou blessures (30/4-7, 33/13, 35/9) que les pécheurs font à Sa Sensibilité. L’unité entre Dieu et homme n’est pas duale  ; le mal perpétré par l’homme retombe tout à la fois sur lui-même et sur Dieu. Les Anciens appelaient apatheia une conjoncture proche de cet état. « Être apathès » signifiait s’être libéré des quatre passions du système stoïcien  : la tristesse (lypè), l’envie (epithymia), la peur (phobos), la sensualité (èdonè). L’apatheia était la paix de l’esprit parvenu au détachement, même dans la souffrance. Chez Dieu la Paix est faite d’Amour  ; une Paix ni impassible ni insensible, mais jamais punitive. Origène, antique père du christianisme, écrivit qu’il « ne faut voir dans la Colère que quelque chose digne de Dieu » et ce quelque chose est ce que Le Signe appelle les Sarments blessés (31/2).

Dans le tonnerre conditionnel du grand légaliste et condamnateur on ne trouve qu’un Dieu inventé.
Les religions se débrouillent de ce Dieu anthropisé  ; les incroyants ne s’y laissent plus prendre  ; Le Signe nous permet de refaire le pari de l’Amour inconditionnel, de trouver dans la pénitence le Salut.
Dans l’Amour inconditionnel on retrouve la Vie (Signe 24/5), le vrai Dieu.
Mais l’indébrouillable Fond des Fonds (Signe xxxiv/6), c’est que comme la girafe s’est allongé le cou pour brouter les arbres, l’homme s’est fait de la justice une idée tout autre que celle du Père trop aimant (12/7) Qui, quitte à en souffrir, laisse l’homme libre d’être mauvais et impuni et Qui aime l’homme quand même. Nous avons la tâche thaumaturgique, dans un monde où tout a fini par se vendre et s’acheter, se gagner en faisant peur ou se régler par des lois, des récompenses et des punitions, de ressusciter l’intérêt pour l’Amour gratuit, le Bien gratuit, de changer l’air du temps avant que ne survienne le péché des péchés (Signe 38/2).

La crainte (Signe 17/6) de Dieu n’est pas la crainte de sa Colère comme punition, mais la crainte d’occasionner à Dieu ou à la Vie comme Mère de notre vie, indissolublement liées, une Peine qui, puisque Vie divine/vie humaine ne font qu’Un (Signe xxiv/1) est immanquablement réverbérée en nous. La Colère de Dieu est un émoi qui traverse le Trop Aimant (12/7) et résonne à l’infini dans tout l’Univers, donc en nous. Si je porte au coquelicot une attention particulière, c’est parce que je vois dans son éphémérité la Malédiction que ne veut pas le Père et qui heureusement ne vient pas (36/11), mais qu’Il éprouve à l’évidence à cause de nos péchés, et je vois dans sa couleur rouge le sang des Plaies (8/7, 10/5, 36/16) de l’Amour blessé.
La question de la Colère du Créateur fut débattue  par beaucoup au début de l’ère chrétienne  ; parmi les débatteurs passionnés  : Marcion, Tertullien, Novatien, Lactance, etc.. Je ne me réfère pas à eux. Je me limite à ce qui pour moi est Source sûre, Le Signe. Il n’y a pas d’alternative au fait que Dieu ne peut pas être à la fois bon et irritable.

Commentaires et réponses d’origine
Vous pouvez les consulter en cliquant sur ce lien.

© Michel Potay 2019 — Tous droits réservés